Début d’année, voyage à Lagos avec Epitech Afrique. Une semaine, trois visites, beaucoup de recalibrage.
Oracle Nigeria
La première visite donne le ton. On est reçus par Bekere Amassoma, Program Manager à Oracle Academy, qui prend le temps de parler concrètement — pas de pitch corporate, pas de slides standardisées.
Ce qui m’a le plus frappé dans ses propos : la distinction entre digital literacy et vraie expertise technique. Beaucoup de gens aujourd’hui se disent “dans la tech” parce qu’ils utilisent des outils numériques. Oracle Academy travaille à combler l’écart entre usage et maîtrise — former des gens qui comprennent les systèmes, pas seulement ceux qui les consomment.
Ses conseils sur le développement de carrière long terme : penser en compétences transférables, pas en titres de poste. Et ne pas hésiter à prendre des rôles qui demandent de l’inconfort — c’est là que la croissance réelle se passe.
ALX Nigeria
Un modèle différent. ALX mise sur la discipline comme différenciateur. Leur approche : des programmes intensifs avec un taux d’abandon élevé assumé, parce que ceux qui terminent sont vraiment prêts.
Ce qui est intéressant dans leur philosophie : ils forment des gens compétents, pas des gens diplômés. La distinction compte énormément sur un marché du travail africain où le signal “certification” est souvent plus fort que la réalité des compétences.
Voir leurs espaces de travail et leur communauté locale était rassurant — la qualité de l’écosystème qu’ils construisent à Lagos est réelle.
Maliyo Games
La visite la plus inattendue. Maliyo Games fait du développement de jeux vidéo africains — avec des personnages, des contextes et des histoires ancrés dans des cultures locales.
Ce qui m’a intrigué : les défis techniques ne sont pas si différents de ceux d’un studio occidental, mais les contraintes de distribution et de monétisation le sont complètement. Smartphone pas haut de gamme, connexion intermittente, économies informelles — les jeux doivent fonctionner dans ces conditions.
C’est un rappel concret que “tech africaine” ne veut pas dire “tech occidentale adaptée à l’Afrique”. Ça peut vouloir dire des solutions pensées depuis le début pour des contextes spécifiques.
Ce que ce voyage a confirmé
Une conviction que j’avais déjà, mais que ce trip a rendue plus concrète :
L’Afrique ne rattrape pas un retard technologique. Elle construit différemment, avec des contraintes différentes, et produit parfois des approches que le reste du monde n’a pas encore — pas par défaut, mais par nécessité créatrice.
Les trois organisations visitées avaient ça en commun : elles ne se définissaient pas en référence à un modèle extérieur. Elles construisaient quelque chose depuis leurs propres contextes.
Merci à Lauretta Ojionu, Ayolekan Biao, Henry Ukoha et Foumilayo François Xavier Assanvi pour l’organisation et l’accompagnement tout au long du voyage.